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NICOLAS MACHIAVEL (1469-1527) – Une vie, une œuvre [1991]

NICOLAS MACHIAVEL (1469-1527) – Une vie, une œuvre [1991]

2017 1h 26m

Émission consacrée à l’œuvre de Machiavel. Suite d’entretiens menés par Pascale Lismonde au cours de laquelle les divers intervenants développent les principales thèses de Machiavel concernant la politique, la place du mal, la théorie de la fortune, Machiavel : fondateur du libéralisme, le pouvoir et la peur, politique et morale, l’Etat moderne tel qu’il le définit, comment concilier autorité et liberté, éloge du peuple. Relire l’œuvre de Machiavel dans le contexte politique que nous vivons prend une résonance singulière car il s’agit toujours de cette mise à nu crue, et apparemment limpide, du mécanisme du pouvoir, dont la complexité et la portée dépassent largement les ruses amorales du “machiavélisme” bien connu. Dans ces œuvres majeures que sont, au début du XVIe siècle, les “Discours sur la première décade du Tite Live” et “Le Prince”, se décide en effet l’orientation moderne de l’esprit européen dans son effort d’émancipation profane du monde chrétien. Comment fonder un pouvoir qui échappe à la tutelle religieuse? Telle est la question centrale ouverte déjà à Florence dès 1300 par Dante, mais que Machiavel transforme radicalement et rend opérationnelle en démontrant comment prendre et garder le pouvoir, et maintenir le bien public par l’exercice de la violence et le recours à la peur. C’est-à-dire que le “Bien” se fonde sur le “Mal”, et que l’ordre terrestre devient, de ce fait, autosuffisant. D’où l’effet de rupture radicale et de libération du dogme classique et le rôle de fondateur de l’état moderne qu’on attribue à Machiavel. D’où aussi les lectures contradictoires de son œuvre, depuis le XVIe siècle lui-même. Mis à l’index par l’Eglise en 1549, Machiavel est aussi rejeté par les huguenots,comme l’exemple du cynisme italien, tandis qu’il est cité quatre cent fois par le théâtre élisabéthain comme l’incarnation du mal (“la pestilence qui traverse la Manche” – Marlowe). C’est seulement depuis le XVIIe siècle qu’on le relit avec plus d’objectivité. A travers les lectures successives de Spinoza puis de Rousseau, Hegel ou Gromsel, on retrouve un Machiavel démontrant la souveraineté du peuple, qu’il faut instruire de la conduite des princes en fondant le premier Etat rationnel moderne et en appelant l’Italie à son unité afin de se libérer de la tutelle étrangère. Autant de questions qui soulèvent toujours véhémence et passion, que les interprétations les plus contemporaines (Léo Strauss, Claude Lefort) ne finissent pas d’épuiser. Intervenants : – Pierre Manent, professeur au Collège de France, auteur de “Histoire intellectuelle du libéralisme” – Alberto Tenenti, historien (Elfess), auteur de “Histoire de Florence” – Michel-Pierre Edmond, philosophe, auteur de la présentation de “Pensées sur Machiavel” de Leo Strauss (Ed. Payot) – Alain Pons, philosophe (univ. Nanterre) – Alberto Assor Rossa, historien, directeur de la revue Rinascita, à Rome – Gaetano Calabro

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